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Ferpection : l'entreprise libérée qui a "tué le management"

Réinventer le fonctionnement de l’entreprise en favorisant la responsabilisation des employés… voici l’objectif de cette (pas si nouvelle) organisation qu’est l’entreprise libérée. Libérer l’entreprise, d’accord, mais de quoi ? Ou plutôt de qui ? On est allé se renseigner auprès de Mathieu, employé depuis bientôt 2 ans chez Ferpection qui pratique cette philosophie - car ici, on ne parle pas d’une simple méthode de management, mais d’une véritable philosophie de vie en entreprise.

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Une partie de l'équipe lors du dernier séminaire hivernal.


Des employés qui mènent une double vie à la "Ferpection"

Ferpection, c'est une agence de conseils en recherche utilisateur (une branche de l'expérience utilisateur plus connu sous le terme "UX", pour User eXperience). Plus concrètement, ils permettent à leurs clients d'écouter et de comprendre les besoins de leurs utilisateurs afin de développer des produits ou des services qui leur correspondent. Les utilisateurs mettent en lumière les points positifs et négatifs de leur expérience et Ferpection, ensuite, recommande à ses clients des axes d'amélioration sur mesure.

Mathieu, que nous avons interrogé, est "Responsable expertise UX" chez Ferpection. Il est en charge des recherches utilisateurs, et accompagne ses clients dans la construction et l'optimisation de leur produit et service. Mais ce qui nous a un peu étonné c'est que Mathieu a une autre casquette : il est aussi en charge du recrutement. Vous avez bien lu ! Chez Ferpection, chaque employé a une mission liée à son domaine de compétence, et une fonction additionnelle de support : finance, marketing, communication, recrutement...

Cette répartition des tâches se fait sur la base du volontariat, chacun choisit sa mission en fonction de ses compétences, mais aussi de ses préférences ! Mathieu par exemple avait des connaissances en finance dues à son passé d'entrepreneur... mais il détestait ça (on peut le comprendre) : il a donc préféré gérer les recrutements.

A première vue, pas facile de jongler entre les missions liées à son coeur de métier et des fonctions additionnelles. Mais chez Ferpection ces tâches ne sont pas considérées comme un "petit plus" à gérer lorsque les employés en ont le temps. Les missions de support sont totalement intégrées dans le planning des salariés. Mathieu le définit ainsi:

ce n'est pas "ça et un peu de ça", c'est "ça plus ça"

La gestion de ces tâches est complètement répartie entre les employés de Ferpection qui se réunissent régulièrement par groupes de travail pour gérer tous leurs sujets communs. Entre eux l'information circule librement, ils se considèrent dans une relation "leader-leader", dans une logique de hiérarchie horizontale. Par conséquent, il n'existe aucun manager de demi niveau à qui rendre des comptes. Mathieu nous l'a annoncé d'ailleurs, chez Ferpection ils ont "tué le management".

L'entreprise libérée, une philosophie sans hiérarchie ni manager

Ce type d'organisation s'appelle "l'entreprise libérée", il a été rendu populaire par le chercheur Isaac Getz dans ses ouvrages "Liberté & Cie", puis "L'Entreprise Libérée". Selon lui - et selon Ferpection - on ne parle pas ici de modèle, mais de véritable philosophie, adaptable en fonction des entreprises.

Le but de l'entreprise libérée est de transformer la hiérarchie, en sortant les salariés de leurs rôles d'exécutants pour les faire travailler collectivement au service de la vision globale de l'entreprise. Le rôle des leaders n'est plus de dire "comment" faire aux salariés, mais "pourquoi" faire. Pas de fiches de poste ou de départements mais des rôles répartis entre des cercles de salariés, et assurés en toute autonomie. On "libère" donc les employés de leurs managers, en préférant plutôt créer un environnement propre à l'autodiscipline.

Concrètement comment cela se passe ? Chez Ferpection, outre la répartition des fonctions de support, on propose aux salariés de travailler d'où ils le souhaitent, de prendre autant de congés qu'ils désirent, d'avoir des horaires libres et de prendre part aux décisions importantes. Ils pratiquent également une parfaite transparence : chaque employé a accès au business plan et aux comptes de l'entreprise. Mathieu, avec 3 autres salariés, travaille actuellement sur la refonte de grille de salaires de l'entreprise - elle aussi publique.

On peut alors se demander : à quoi servent les dirigeants dans un tel modèle ? Ils ont un rôle important : être gardiens de cette culture d'entreprise qui demeure néanmoins fragile.

Assurer une culture d'entreprise forte, le bien être au travail et meilleure performance : est-ce réellement possible ?

L'entreprise libérée est un modèle responsabilisant et transparent. Il permet aux salariés de comprendre et d'agir directement sur la stratégie et la vision de l'entreprise, au-delà de leur coeur de métier. Chez Ferpection cela s'est traduit notamment par l'organisation de séminaires et d'ateliers de Design Thinking où les employés pouvaient réfléchir ensemble à leur vision de l'entreprise libérée.


Ferpection atelier design thinking

Résultats du dernier atelier sur l'entreprise libérée, en jaune les points positifs, en bleu les problèmes.

Un tel modèle a de nombreux bienfaits pour l'entreprise et ses salariés. Il donne du sens aux missions des salariés, ce qui les rend plus motivés et impliqués. Il encourage également la créativité et la prise d'initiative : une façon de rendre l'entreprise plus innovante. De plus, à l'inverse des modèles traditionnels qui présentent souvent une rigidité de fonctionnement, les entreprises libérées sont plus souples, plus agiles, et peuvent donc se réinventer plus facilement en fonction des évolutions du marché. Tous ces aspects encouragent plus globalement la performance générale de l'entreprise.

Alors l'entreprise libérée est-elle une simple utopie ? La réponse est non chez Ferpection. Mais d'autres accusent le modèle d'être à l'origine d'une augmentation du stress et des burn-out en raison de la responsabilité qui pèse sur chacun de rendre des comptes au collectif. Chez Ferpection en tout cas la philosophie fonctionne, et on s'assure de ne pas charger les juniors avec des tâches additionnelles tant qu'ils ne sont pas complètement à l'aise sur leur coeur de métier.

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